jeudi 7 août 2008

Mercredi 6 Août : Xujiahui



La journée commence bien. Je me fais réveiller vers sept heures du matin par un voisin qui ne parvient apparemment pas à fermer sa porte. Il la claque dans tous les sens. En plus dans ce bâtiment, il y a un système assez particulier pour empêcher que les gens oublient de fermer leur porte : une sonnerie se met en route dès que le loquet de la serrure touche l'encadrement. Donc le mélange porte qui claque plus sonnerie toutes les 10 secondes fait que je me réveille un tant soit peu agacée. Je pense à crier quelque chose classique du style "Hé ho, il y a des gens qui aimeraient bien dormir ici!". Mais barrière de la langue oblige, l'individu bruyant ne saura jamais qu'il m'a énervée en ce matin du 6 Août.


Je prends le petit déjeuner et finis mon bol de céréales. Je commence sérieusement à être a court d'argent. Mon salaire n'est toujours pas tombé.


Je prends le bus. Cette fois, le trajet est beaucoup plus calme qu'hier. En arrivant au boulot, je vais me verser un verre d'eau pour tenter de réduire ma déshydratation matinale. Je trouve Emilia devant la fontaine qui essaie elle aussi de se réveiller. Nous discutons un peu. De toute façon, mon travail ne commence réellement qu'à partir du moment où les premiers paquets sont livrés.


Ce midi, nous allons manger dans le restaurant spécialise dans les pates. Je ne prends pas les mêmes que l'autre jour pour la bonne et simple raison que je porte un T-Shirt blanc et que j'aimerais bien qu'il le reste. Je choisis donc des pates bien carrées, qui s'attrapent facilement et qui ne demandent pas un effort surhumain pour se faire manger. Je craque et je commande un Coca. Comme d'habitude quand je prononce le mot, le serveur ne me comprend pas. Emilia m'explique comment bien le dire. Normalement, je suis parée maintenant. Je maitrise l’accent du « Ke le ». Je ne mourrai pas de soif.


Une fois n'est pas coutume, je suis la première à être servie. J'attends un peu puis les filles me disent de démarrer. Ces pates sont délicieuses.


En sortant du restaurant, nous passons devant la boulangerie Marco Polo qui vient juste de rouvrir. Pour le moment, je n'achète qu'une petite brioche car je ne sais pas ce que l'avenir proche me réserve côté finances. Je viendrai acheter du pain ici. J'ai repéré des baguettes qui m'ont l'air pas mal du tout !


Cette après-midi, nous faisons le point avec Annie sur toutes les ceintures que j'ai passées en revue, triées, étiquetées au cours du mois qui vient de s'écouler. Elle m’apprend énormément de choses sur les différentes manières de fabriquer une ceinture, les différentes matières... Certaines sont faites a la main, d'autres sont composées de petits bouts de tissus…


Nous avons un carton énorme à vérifier. Je me propose de lire les références à haute voix pour accélérer le mouvement. Rationalisation du travail. Je saisis cette occasion pour approfondir mon étude de la langue chinoise. Je dis les chiffres en chinois. La première fois, Annie est étonnée et se met à rire et ensuite elle m'aide à mieux prononcer. Je bloque beaucoup sur le 7 qui donne quelque chose du genre tsi, tsu, tchi...hum


J'apprends aussi qu'en fait le 8 apporte la richesse car en fait il se prononce comme "richesse" en chinois. Enfin pas tout à fait. Petite explication : en cantonnais, 8 se dit « fa » et richesse se dit « fa » aussi. Là sont les origines de cette superstition, En mandarin, richesse de se dit pas « ba » comme 8 mais on reprend le schéma du fa.


Annie apporte aussi une réponse à une question que je me posais : Pourquoi certains livres rédigés en caractères chinois se lisent par colonnes et de droite à gauche alors que j'apprends à lire le chinois comme j'ai appris à lire le français?


En fait, avant tous les chinois lisaient en colonne et de droite à gauche. Mais désormais, on ne lit de cette façon qu’à Hong Kong. A l'époque où l'on se servait d'encre et de plume, il fallait écrire en portant son bras au dessus de sa feuille pour ne pas mettre de l'encre partout. Autant dire que c'était extrêmement fatiguant.


Nous passons donc l'après-midi à échanger nos points de vue sur les différents modèles, sur les différences de mode entre la Chine et les pays d'Europe. Parfois, nous n'avons pas du tout le même avis. Cependant, nous sommes d'accord pour dire que ces divergences sont liées au fait que nous ne vivons pas sur le même continent.


Je ne vois pas les heures passer jusqu'à ce que je me rende compte qu'il est déjà le temps de partir. Je prends le bus et me retrouve chez moi. J'attaque la brioche que j'ai achetée ce midi en sachant pertinemment que je n'aurai pas de petit déjeuner demain. Tant pis, j'improviserai !


Vers 19 heures 30, je me décide à aller à pied à Xujiahui pour retrouver Arnaud et diner. Xujiahui, c'est un quartier ou l'on trouve des centres commerciaux immenses, le Grand Gateway par exemple. Je marche environ trente minutes puis j'arrive au point de rendez-vous : le KFC. Sauf qu'Arnaud n'est pas là. Il doit y avoir plusieurs KFC. Coup de fil. Finalement, nous prenons un point de repère plus simple : l'énorme enseigne Toshiba qui est visible de partout. C'est ce genre de choses que j'adore à Shanghai. Toutes les habitudes de la vie quotidienne que j’ai en France sont chamboulées. En France, on se donne rendez-vous devant un magasin, à côté d’un monument, à la terrasse d’un café mais pas SOUS une enseigne.


Pour trouver un bon endroit pour manger, la technique que j’ai apprise ici consiste à descendre dans le métro et à choisir la sortie en fonction du nom du centre commercial dans lequel elle aboutit. Cela permet de savoir où l’on est et où l’on va. Ce qui n’est pas plus mal dans une ville aussi énorme que Shanghai. Nous nous dirigeons donc vers Grand Gateway qui regorge de petits restaurants sympas. Nous en trouvons un justement. A côté de nous, deux copines dînent ensemble. A la fin du repas, l’une sort sa PSP (console de jeux vidéos portable) et se met à jouer pendant que l’autre la regarde. C’est un phénomène assez répandu ici. Souvent au restaurant, les gens sortent leur console. Parfois ils jouent à deux, en réseaux mais d’autres fois comme aujourd'hui, ils se la jouent plus perso.


Nous faisons un petit tour dans le centre commercial. Nous tombons sur un magasin qui vent exclusivement des produits Hello Kitty. Le paradis!


Puis nous sortons. Je prends quelques photos. Xujiahui vaut vraiment le coup. Cette ambiance est vraiment à couper le souffle. Le Time Square de Shanghai. Alors que je me promène toute seule dans ces rues, sur cette place, sur ce petit pont, je me dis que je me sens vraiment très bien dans cette ville. Je me vois bien y habiter en fait. Je ne pense pas que je pourrai envisager m’installer indéfiniment mais pourquoi ne pas y rester un peu de temps ?



Je dois aller rejoindre les filles au Mural pour la manucure du mercredi soir. J’en profite pour emprunter un chemin que je ne connais pas encore. Après m’être un peu égarée (juste un peu), j’entre dans la Concession Française par le début d’Hengshan lu. Il y a plein de petites boutiques qui méritent que j’y retourne quand il fera jour et surtout quand elles seront ouvertes.


J’arrive au Mural après une bonne petite balade dans le petit vent du soir qui rafraichit la ville. Nous passons un bon petit moment. Manucure et je retourne chez moi. Skype avec Julien. Puis j’ai le droit à une heure passée du matin d’assister à une colère en bonne et due forme de Kim. L’avantage d’être loin, c’est que je peux raccrocher quand je veux. Et je ne m’en prive pas. Elle est tellement mignonne quand elle dort !

mercredi 6 août 2008

Mardi 5 Août : Super soirée en compagnie d’un jeune homme dérangé.

Ce matin, encore un peu dans le gaz, je veux me verser du lait dans un bol mais malheureusement, la bouteille est trop pleine et là...c'est le drame. Il y en a partout. Ca coule sur le meuble de cuisine, le long du meuble de la cuisine, sous le meuble de la cuisine. Armée d'essuie tout, j'essaie d'éponger ce que je peux. Cet événement malencontreux me fait réfléchir sur les progrès du monde de la consommation. Je me rends que la qualité des emballages ici est vraiment lamentable. La preuve : je m'arrache toujours une partie de la paume de la main quand j'ouvre les bouteilles de jus de fruits, je mets du lait partout quand j'ouvre les briques (ce n'est pas la première fois que ça m'arrive) et je me retrouve toujours avec un peu de yaourt sur le nez quand je parviens enfin à enlever l’opercule collée sur le pot. En fait ici, on trouve les emballages qu'on avait il y a une dizaine d'années en France. Mais comme les ouvertures faciles sont arrivées progressivement, nous ne nous rendons tout simplement pas compte que tout est facile maintenant. C'est donc là, ce matin que je dis merci a Tétra pack pour ses inventions de génie. Il faudrait juste penser à exporter tout ça en Chine désormais.

Petit déjeuner devant le journal de France 2. Toujours autant de faits divers. On en parlait justement hier. C'est quand on est loin qu'on se rend vraiment compte que le journal de 20 heures est une bonne plaisanterie. En général, je ne regarde que deux ou trois sujets. Ils se trouvent vers la fin et ce sont les seuls qui parlent d'autres choses que de meurtres, crimes et autres incarcérations, bouchons sur la route, vieux qui meurent pendant la canicule, bébés qui restent enfermés dans leur voiture, cancer de la peau, noyades en mer, aoûtiens, juilletistes, paillotes... Il est tout à fait normal en tant que français de s'intéresser à ce qu'il se passe en France mais pourquoi reléguer les sujets qui ont une importance qui va au delà des frontières franco françaises à la fin du journal justement au moment où les gens décident d'aller promener leurs chiens?


Je me rends compte que je suis très susceptible le matin. Surtout quand je n'ai pas le temps d'émerger tranquillement. A peine dans la rue, je me fais agresser par les scooters, vélos, taxis, bus, odeurs en tout genre, sans oublier les chinois... Je monte dans le bus, m'accroche à une barre histoire de ne pas passer dans le pare brise. Une famille monte juste derrière moi. La maman me broie littéralement le pied avec son talon, me pousse, me rentre dedans. Je me demande si j'existe, si je suis transparente, si je rêve... Non non, je ne rêve pas. La preuve : j'ai super mal au pied.


Ici, comme je l'ai déjà expliqué, les enfants sont rois. Donc il est normal que cette femme me crie dans les oreilles pour s'adresser à son fils qui se trouve de l'autre côté du bus. Puis elle veut le rejoindre donc par voie de conséquence me rebouscule.


Je finis pas trouver une place assise mais elle s’assoit a côté de moi. Manque de chance, elle a décidé de se tenir à la barre qui se trouve devant moi. Je ne peux presque pas bouger... Le pire, c'est qu'ici, c'est normal. L'espace vital des chinois est plus réduit que le notre donc ils ne font pas attention, C'est à moi de m'adapter, je ne lui mettrai donc pas mon poing dans la figure. Enfin, j'ai l'impression que je commence à m'habituer à cet espace vital réduit parce que je ne me sens pas oppressée comme au début où j'avais réellement envie de taper tout le monde.


Etant assise, j'en profite pour sortir pour guide de conversation et apprendre quelque mots. Tout d'un coup, des cris me font sortir de ma lecture studieuse. C'est la nana qui conduit le bus. Elle hurle en rigolant (ce qui est très étrange) sur le chauffeur de taxi d'à côté. Il ne peut pas l'entendre mais elle hurle quand même. Ils ont l'air de vouloir aller sur la même file au même moment. Conflit d’intérêts. Forcément ça ne passe pas. Du coup, elle accélère, freine. Comme si elle avait besoin de lui montrer qui est la plus forte. J'ai envie de lui faire remarquer qu'elle est au volant d'un bus énorme et que si elle veut, elle peut l’écraser ce taxi. Je me retiens pour deux raisons. La première est la plus évidente : je ne saurai jamais dire ca. Et la deuxième est que je ne doute pas qu'elle essaie mon plan et comme je l'ai déjà dit plus haut, je ne veux pas décéder aujourd'hui.


J'arrive enfin à mon arrêt. Je dois traverser la rue immense. J'attends que le feu passe au vert pendant un bon bout de temps. Comme les routes sont en plein soleil. Hé oui, ici aussi les routes sont en plein soleil…Je sens que ça commence à me taper sur le caillou. Le feu passe enfin au vert. Je suis à côté d'un petit monsieur qui a l'air sympathique comme ça mais qui se métamorphose d'un coup...Il montre du doigt très méchamment les voitures qui tentent de forcer le passage... En me plaçant juste à côte de lui, je sais que je peux traverser sans problème !


Quand j'arrive au boulot, il me faut un verre d'eau, je suis complètement déshydratée.


Ce midi, nous allons manger au restaurant aux plats très épicés. Inutile de préciser que je meure de faim. Sur la route, nous parlons un peu des policiers qui on été tués au nord-est de la Chine. On me dit qu’il n’y a aucun doute à avoir quant à l’origine des criminels. Ce sont des terroristes assimilables à BL (le gars qui vit dans les grottes)… Sans transition, nous parlons aussi du mariage ici. On me raconte que la future épouse n’a rien à préparer. Ce sont ses parents qui s’occupent de tout organiser.


Au restaurant, les filles commandent les plats en deux fois parce que d'autres collègues nous rejoignent. Là est tout le piège. Je mange déjà pas mal par rapport aux autres jours. Le problème c'est qu'il y a deux fois plus de nourriture que les autres jours... Emilia me dit de ne pas trop insister sur tous les plats parce que le reste arrive. Le reste? Quel reste? Les serveurs amènent de nouvelles assiettes très bien garnies. Ha oui, le reste... C'est reparti.


Je me régale. Soudain, j’entends mon nom perdu au milieu de mots chinois. Je lève la tête et je vois les filles qui sourient. « What? » Je demande. Emilia me traduit. Elle me dit qu'elles ont remarqué qu'au début, je jouais la politesse et ne mangeais pas beaucoup mais que maintenant elles constatent que je me sens bien à l'aise avec elles… Ooops. J'espère qu'elles ne l'ont pas mal pris. Je ne pense pas en fait. Je lui réponds que c'est aussi parce que je maitrise beaucoup mieux les baguettes et que maintenant je peux attraper ce que je veux. Lorsqu'elle traduit ceci en chinois, c'est l'éclat de rire général. Elles ne l’ont donc pas mal pris.


En sortant de table, j'ai l'impression d'être enceinte de trois mois. Enfin je dis ça mais je n’ai aucune idée de la sensation qu’éprouve une femme lorsqu’elle est enceinte de trois mois. Je dois être dans l'une de ces périodes où je mange énormément...Cela faisait longtemps que cela ne m'était plus arrivé.


En sortant du restaurant, Emilia m'aide à acheter une recharge de téléphone. De retour au bureau, je gratte la carte, entre le numéro mais rien ne se passe. Je retourne voir Emilia qui appelle un numéro automatique et qui donne les instructions en chinois. Comment est-ce que j'aurais pu faire ça franchement? Finalement grâce à elle tout est arrangé. Je redeviens joignable à n'importe quel moment sur mon portable chinois. La classe internationale, c’est le cas de la dire !

Cette après-midi, boulot habituel. Puis je m'en vais vers 18 heures. Je synthétise les événements qui suivent : sortie, montée dans le bus, descente du bus, achat du Magnum quotidien, petit tour aux toilettes, allumage d'ordi, regardage du coucher de soleil et mise en route du net. Je voudrais bien ressortir pour aller me balader un peu mais il fait nuit très vite donc c'est beaucoup moins agréable.


Finalement, je passe la soirée sur le net, à discuter. Je fais un petit programme pour notre visite de Nanjing prévue ce week-end. Il va y avoir pas mal de choses à voir. Je commence à me familiariser avec l’histoire chinoise. En fait, elle est structurée par les différentes dynasties : les Ming, les Qing… Mais je reparlerai de tout cela plus tard.


Puis je reprends « Mémoires d'un jeune homme dérangé ». A mon grand regret je le termine dans la soirée. Je dis à mon grand regret car ce bouquin est tellement génial que j’aurai aimé en avoir pour trois mois.



Maman m’appelle sur Skype alors que je suis en train de plonger dans un profond sommeil. Pour me dire bonne nuit. Ca fait plaisir. Je dormirai encore mieux que prévu, j’en suis sûre.

mardi 5 août 2008

Lundi 4 Août : Coucher de soleil sur Shanghai.

Ce matin, je mets le turbo pour me préparer car je ne sais pas combien de temps il me faut pour aller au bureau en bus. Une fois mon bol de céréales avalé, je m'en vais affronter la chaleur de la rue. Le matin, l'ambiance est particulière. Les restaurants et autres petits commerces proposent toutes sortes de choses pour le petit déjeuner. Je n'ai plus faim et pas le temps mais peut être que je m'arrêterai un de ces quatre.

Je trouve l'arrêt de bus que j'ai repéré hier sur le grand axe derrière chez moi. L'attente en plein soleil est une assez rude épreuve le matin. Le bus arrive et je me la joue plus chinoise que les chinois : j'avance alors qu'il n'est pas encore arrêté et je me retrouve devant la première. Pas de place assise, il ne faut pas rêver, mais la clim est appréciable. Il vaut mieux se tenir aux deux barres en même temps pour garder son équilibre sinon, c'est la chute assurée. Je trouve un siège un arrêt plus tard, sors mon guide de conversation en vue d'apprendre quelques mots puis j'arrive déjà sur Lingling lu.


Je dois traverser un axe immense pour accéder du côté de mon bâtiment, Sur le bord de la route ont été accrochées de grandes bannières qui recommandent aux conducteurs de voitures d'être courtois envers les autres usagers de la route. Les policiers distribuent même des petits dépliants avec des schémas qui indiquent que lorsqu'un piéton traverse, il faut freiner... Cela peut paraitre être un principe de base chez nous mais ici, il ne semble pas encore être acquis.

J'arrive pile à l'heure. C'est impeccable. Et je n'en ai eu que pour 15 centimes. L'analyse cout avantage est vite faite. C'est décidé, je prendrai le bus tous les jours.


Au bureau, je reçois ma première lettre. Grand moment. Je pense au début que c'est mon passeport. Ce qui serait en soit une bonne nouvelle. Mais non, ce sont des documents qu'un fournisseur me renvoi signés...La classe.


Nous allons manger dans un des petits restaurants de d'habitude qui heureusement n'a pas fermé. Lorsque nous passons par les galeries du métro, nous constatons qu’il règne une ambiance assez particulière : tous les magasins ont fermé, il y a un grand nombre de policiers qui surveillent et contrôlent les usagers du métro et de nombreuses affiches et décorations aux couleurs des jeux sont accrochées aux murs.


Pendant le repas, je comprends que les filles parlent de la France : fa guo par ci fa guo ren par là... Je demande à Emlia ce qu'elles racontent. En fait elles parlent des impôts et comparent la France à l'Allemagne. Je donne mon avis et je demande ensuite quel est le système d'imposition en vigueur ici. Pour les salaires, c'est le prélèvement à la source. Les entreprises ont aussi une sorte d'IS. Et lorsque des gens veulent investir dans l'immobilier, ce qui arrive apparemment rarement ici, ils sont également soumis à un impôt.


Cette après-midi, je bosse. Je me retrouve toute seule dans la salle pour comparer les couleurs des fournisseurs aux couleurs voulues par les acheteurs cette saison. Je note que le rouge est trop jaune. Je pense que je ne me trompe pas...


Puis je sors vers 18 heures. Je vais tenter de reprendre le bus. J'ai a peu près vu ou il s'arrêtait près du bureau et si tout va bien, il devrait me déposer juste en bas de chez moi. Le grand luxe. En plus, il y a plein de places assises. Impeccable.


J'arrive un quart d'heure plus tôt que d'habitude. Je me prends un Magnum dans la petite boutique de mon immeuble. Je pense que ça va devenir mon petit rituel. Puis je monte dans ma tour. Comme j'arrive plus tôt, la luminosité est complètement différente. En me penchant par la fenêtre, je peux voir le coucher de soleil. Mon moment préféré de la journée, ici à Shanghai.







Je reste un peu chez moi. Discussion sur MSN avec Clémentine en direct live de son stage. Puis je me décide à commencer Weeds. C'est pas mal du tout mais je sens que je ne vais pas accrocher. Je ne sais pas pourquoi.


Vers 21 heures, je sors, direction le Zapatas. Rendez-vous immanquable du lundi soir (sauf quand on se bloque le dos une heure avant de partir...). Je retrouve Marie-Virginie, Marion, Marie-Astrid, Charlotte (qui nous raconte ses déboires avec son agent immobilier, son gars d'internet, son gars de l'électricité, son gars de la salle de bain bouchée) et Alexandra. Apres un petit débat très intéressant sur les JO, c'est parti pour l'Open Bar. Il faut en profiter tout de même ! Nous retrouvons Mathieu et Edouard en haut.


Je m'en vais vers 23 heures 30 car rendez-vous Skype avec Julien. J'ai l'espoir d'arriver en avance et de pouvoir prendre une douche avant mais il fait tellement chaud que j'avance à deux a l'heure et en plus Julien est en avance. Donc la douche ne sera pas pour tout de suite.

lundi 4 août 2008

Dimanche 3 Aout : Une fougasse aux olives sur un air de Téléphone.

Ce matin, je ne me lève pas trop tard. Je ne fais rien de spécial de toute la matinée. Lorsque je me rends compte qu'il est déjà midi, je me dis que je vais attendre le coup de fil Skype de maman et que je sortirai ensuite. Bon programme. Je tente de finir le livre de Séguéla. Je dis bien je tente car c'est tellement nul sur la fin que comme d'habitude, je m'endors au bout de 10 pages. C'est la sonnerie Skype qui me tire du sommeil.


Après avoir discuté environ deux heures avec maman que je n'ai pas vue de la semaine, je me décide enfin à sortir.


Première étape : il faut s'habiller. Oui oui, je suis toujours en pyjama... The Ting Tings sur Deezer pour rythmer le mouvement et c'est parti. Je suis prête en moins de deux. Je mets tout ce qu'il faut dans mon sac et Skype sonne. Ce n'est pas encore maintenant que je vais pouvoir y aller. C'est Lyna et Fab. "T'es en Sine. T'es pas à la maison d'Isa". Voila, avant d'entamer une discussion, toujours bien resituer les gens, c'est important. Nous papotons une peu. Ma filleule est bizarrement beaucoup plus détendue que la semaine dernière... Nous mettons fin à notre conversation lorsque Cath appelle. Fab va la chercher ainsi que Kim à la maternité.


Il fait bien sombre tout d'un coup...Eclair, tonnerre. Un orage sur Shanghai. Tant pis, je descends quand même. Je ne prévois pas d'aller me promener mais je veux au moins acheter à manger. Arrivée en bas, ce n'est pas une petite drache du Nord mais bel et bien des trombes d'eau qui tombent. Je n'achète qu'une glace en bas de chez moi, dans mon immeuble puis remonte dans mon appartement. Le sort s'acharne j'ai l'impression.


Re-skype. C'est Kim. Minuscule petite Kim. Elle a la bougeotte c'est incroyable. Ca promet. Puis Lyna arrive et s'assois à côté d'elle en grande sœur responsable. Elle lui touche les cheveux et dit : "Papa, elle a des poils?" Magie de Skype : Lyna me provoque un fou rire à des milliers de kilomètres de distance... Il me faut quelques minutes pour m'en remettre...


Je passe un certain temps à regarder la petite. Je me dis que c'est génial parce que grâce à internet, je ne louperai pas tout des deux premiers mois de sa vie. Je sais très bien que pour le moment, elle ne fait pas grand chose mais quand même. Et puis, Fab est confiant, quand je reviendrai, elle saura marcher me dit-il. Les papas ont tendance à placer beaucoup d'espoir dans leurs fifilles. C'est bien mais un peu de réalisme ne fait jamais de mal.


Bon, il est 18 heures 30. C’est décidé : je vais prendre le bus en bas de chez moi et tenter de faire le chemin pour aller au bureau. Comme ça dès demain, je n'aurai plus besoin d'attendre le taxi, je prendrai directement le bus.


Justement voilà un bus 42. Je monte dedans, m'assois (à cette heure-ci un dimanche, il y a des places assises) puis je sors mon plan pour savoir où il va a peu près. Au bout de 5 minutes, je me rends bien compte que je me dirige dans la direction totalement opposée à la destination voulue. Ce n'est pas très grave, j'aperçois dans l'autre sens les bus 42 qui eux, vont certainement au stade. Le bus roule tout au long de la Huahai Lu, une grande rue commerçante. Je vois à travers les vitres H&M, Promod, Paul...Ha Paul. Je sens que je vais succomber à la tentation d'une bonne baguette. Je descends au bout de cette longue rue avec pour objectif de me promener un peu puis de reprendre le bus dans l'autre sens. Il y a une telle différence de chaleur et de degré d’humidité entre le bus climatisé et la rue que je me retrouve avec une couche énorme de buée sur mes lunettes. Je ne vois plus rien du tout !


En remontant la rue, je tombe sur un magasin qui vend des produits de beauté, de soin pour femmes. J'y entre pour acheter ce sans quoi je ne peux pas vivre : du stick pour les lèvres. Parfait, il y en a. En revanche, je regarde un peu mais je ne trouve pas de tampons. Apparemment, les chinoises n'en utilisent pas. Une galère s’annonce pour en trouver.


Je continue de remonter la rue et j'arrive à un énorme croisement. Je cherche un endroit pour traverser mais je n'en trouve pas. Autre chose étrange : à part moi, il n y a aucun piéton dans le coin. Ce n'est pas normal. Je reviens donc sur mes pas et regarde derrière moi. En fait, il y a un pont pour traverser. Je n'ai pas encore le réflexe de regarder en l'air... Je monte les escalators puis me retrouve devant une flaque d'eau gigantesque provoquée par l'orage. Génial, je suis en Converses. Si elles sont mouillées, il faudra que je les lave or je n'ai pas de machine chez moi...la galère. Pendant que je réfléchis intensément, je vois les gens qui improvisent avec les moyens du bord : une dame marche sur ses talons, très doucement. Une autre est en croks, ces chaussures en plastique pratiques mais d'une esthétique douteuse donc pas de souci pour elle, elle fonce dans la flaque. Un homme porte sa petite amie sur son dos... Moi, je n'ai pas de talon, pas de croks, pas de petit copain sous la main. En revanche, il y a une barrière le long du pont, une sorte de garde du corps en fait avec un petit rebord... Super. Je m'accroche donc à cette barrière en montant sur le petite bord et je longe le tout doucement histoire de ne pas me casser la figure dans la flaque. Quand j'arrive, je vois qu'un groupe de trois gars salue la performance. Ici de toute façon, que j'escalade une barrière ou non, je me fais observer dans les moindres détails donc autant tenter l'extravagance.


Une fois passée de l'autre côté, je continue ma promenade. Je me rends compte que je ne cherche plus les arrêts de bus, prise par l'ambiance de cette rue animée. Une librairie. Même si je sais que je ne vais rien comprendre, j'ai encore l'espoir de trouver des livres traduits. J’y entre donc. Je me retrouve à l'étage des enfants. Il y a des histoires de Walt Disney en chinois sous titre en pinyin, c'est à dire la transcription phonétique des caractères. Je prends Blanche Neige et les sept nains. J'ai appris à lire avec ce livre, j'apprendrai des mots de chinois avec cette histoire !



En sortant, je marche encore un peu et aperçois ce vers quoi j'étais inconsciemment attirée depuis le début : Paul. En rentrant dans le magasin, la France m'envahit de toutes parts. Musicalement : « quelque chose en toi, ne tourne pas rond... » Visuellement : baguette, pains au chocolat, FOUGASSE AUX OLIVES!!


Je n’entreprends pas de faire une belle phrase en chinois ou de sortir un anglais compréhensible. Non, pour une fois je me laisse aller : "One fougasse aux olives and one pain au chocolat". Je veux prendre ma revanche sur tous les chinois qui se bloquent des que l'on prononce un mot de travers. Je voulais à mon tour faire comme si je ne comprenais pas dans l'éventualité ou elle me ferait répéter. Manque de chance, elle a tout compris du premier coup. A mon avis, je ne suis pas la seule française mesquine à venir ici...


Et maintenant, petite question : ou va le surplus du stock de sachets de galettes des rois Paul? Réponse : en Chine. Je me balade toute la soirée avec un sachet estampillé "La galette des rois". Ici, c'est très classe de promener des mots français sur un sac, et on ne fait pas attention a leur signification.



En sortant de la boulangerie, je croque à pleines dents dans cette fougasse. Je tente de trouver des mots pour exprimer pour mon sentiment du moment : délicieux, superbe, splendide, envie de pleurer, oh oui, delicious, hao shi. Non, en fait il n y a pas de mot. C'est incroyable ce que le pain me manquait !


Voila, je peux reprendre le bus dans l'autre sens. Il est déjà 20h30.Je tente de repérer, toujours aidée par mon plan, l'arrêt le plus proche de chez moi. Je crois que c'est bon. La mission suivante est de s'arrêter au bon endroit. J'hésite à sortir puis finalement je reste et de toute façon le prochain, c'est le terminus. Tout le monde descend!


Ce qui est très pratique à Shanghai pour se repérer : les buildings. Je n'ai qu’à lever les yeux pour apercevoir l’inscription en haut d'un bâtiment : Cross Region Plazza. Mon bureau. Je n'ai plus qu’à prendre le métro pour rentrer chez moi. Mission accomplie : je maitrise mon bus.


En rentrant, je finis (enfin!!) mon bouquin. Puis MSN et je commence un nouveau livre que je sens tout de suite beaucoup plus intéressant : « Mémoires d'un jeune homme dérangé » de Fréderic Beigbeder. Comme d’habitude avec les bouquins de Beigbeder, je n’arrive pas à ne lire que quelques pages… Cependant, je reste raisonnable et me couche relativement tôt.

dimanche 3 août 2008

Samedi 2 Aout : Il va y avoir de la casse !

Réveil vers midi. Petit déjeuner puis je retrouve Marie-Astrid. Nous marchons jusqu’à Jingan temple pour rejoindre les autres. Le plan était de chercher nos billets de train pour notre visite de Nanjin de la semaine prochaine mais nous ne pouvons pas les retirer plus de cinq jours avant la date du départ… Nous sortons et pendant que les filles vont retirer de l’argent, je vais acheter à boire (je suis assoiffée) et un bodze. C’est la première fois que j’en mange. J’en avais beaucoup entendu parler mais je ne savais toujours pas ce que c’était. Marie-Astrid m’aide à choisir. C’est en fait un petit pain blanc fourré aux légumes. Il y a différentes sortes : légumes, viande, échalotes ou nature. Délicieux.

Nous prenons deux taxis pour nous rendre au marché aux tissus. J’ai un peu réfléchi à ce que je me ferai faire pendant la semaine mais comme d’habitude je ne trouve pas l’inspiration une fois sur place. Finalement, je tombe sur un modèle de jupe boule qui m’a l’air très sympathique. En fait dans ce genre d’endroits, je marche un peu au coup de cœur. Je choisis un tissu, original tant qu’à faire. J’en ai pour 10 euros même pas. Je viendrai la chercher dans deux semaines parce que nous ne serons pas la le weekend prochain. J’ai hâte. Nous faisons un petit tour dans tout le bâtiment. Enfin, quand je dis un petit tour, nous restons une bonne partie de l’après midi à fouiller, réfléchir, regarder… Puis, nous passons des tissus aux perles. Direction hongmei lu. Je reconnais l’endroit quand le taxi nous dépose. C’est exactement là où le petit vieux bossu avait failli me taper avec sa canne. Souvenirs, souvenirs.


Le premier étage du bâtiment est exclusivement consacré aux faux : faux sacs, fausses montres, faux bijoux, faux vêtements. Quand je dis faux, je veux dire imitation des vraies marques…Ce ne sont pas des sacs en carton…


Je ne suis pas vraiment attirée par tout ceci. En plus, je viens de me rendre compte qu’il se fait tard. Il est déjà 17 heures et j’ai rendez-vous à 19 heures ou 19 heures 30 avec Emilie devant le World Circus Stadium. Je ne sais pas exactement l’heure car elle m’a envoyé un texto pour me le dire mais je n’ai plus de batterie dans mon téléphone. Je ne peux donc ni le relire, ni lui répondre. Je vais tout de même voir les perles au premier étage avec Marie-Astrid. Le paradis ! Je sens la petite fille qui est en moi prendre le dessus sur l’adulte responsable que je suis devenue…


Heureusement que je n’ai pas beaucoup le temps. Je ne craque que sur un collier. Mais je sais pertinemment que je reviendrai ! Nous rentrons à trois en taxi. Je me dépêche de rejoindre mon appartement, branche mon portable. Le rendez-vous est à 19 heures finalement. Je vais devoir me dépêcher. Pas le temps de me changer, tant pis. Un petit coup de déodorant et c’est reparti. Sur la route, je reçois un message du 10086 qui me dit que je n’ai plus que 0,07 yuans de crédit sur ma carte… Ca va être critique pour retrouver Emilie. J’ai intérêt à aller à l’essentiel dans le coup de fil que je lui passerai une fois sur place ! J’arrive à ma station de métro. Il est 18h40. 20 minutes pour faire 10 arrêts, ça devrait être jouable et je pense arriver pile à l’heure. Enfin c’est sans compter sur le fait qu’ils font descendre tout le monde à la gare. Je ne comprends pas encore tout ici… Les gens semblent attendre le prochain. Je fais comme eux. Et un autre métro arrive. Il est 19 heures. Ca y’est je suis en retard… J’arrive dans la station de World Circus Shanghai lorsqu’Emilie m’appelle. Elle m’attend devant. Ses parents, amis de ses parents et son frère nous rejoignent. Le spectacle commence à 19 heures 30. Nous venons de nous asseoir lorsque les lumières s’éteignent. Pile poil !



Au début du spectacle, je mange un menu KFC que le frère d’Emilie a été gentiment me chercher. Je ne supporte pas que les gens fassent ça d’habitude et là, c’est moi qui suis relou. Le but, c’est de faire le moins de bruit possible avec l’emballage, de manger le plus vite possible pour éviter que toute la salle soit au courant qu’une fille est en train de déguster un menu poulet-frites-coca. En 5 minutes, j’ai tout englouti et tout remballé.


Ce spectacle est impressionnant. Sa publicité est accrocheuse : « Miss it, you miss Shanghai » (Manquez ce spectacle et vous passerez à côté de Shanghai). Je n’irai pas jusque là mais c’est vrai que c’est purement incroyable. Ce sont des numéros d’acrobaties, d’équilibre, de contorsionnistes. Un des premiers numéros m’a marqué : un homme se tient debout sur quatre planches en bois séparées par une vingtaine de centimètres chacune. L’ensemble de ces planches et en équilibre sur un tonneau. Je commence déjà à avoir les mains moites… puis, une fille lui lance un bol. Il le rattrape, le pose sur son pied et avec son pied donne de l’élan et le jette sur sa tête. Incroyable. Tout le monde applaudit. Puis il recommence avec deux bols en même temps…puis trois, puis quatre. Le tout sur un pied… Je m’imagine rien que sur un skateboard avec un bol sur la tête…Il est très probable que je me casse une jambe et en plus, c’en est fini pour le bol !


Autre numéro : un homme qui lance un vase, le rattrape sur la tête, le fait tourner…. Puis il recommence son cirque mais cette fois, il utilise un pot énorme… Résolution : je vais m’y mettre. Maman, fais attention à tes pots de fleurs !


Le plus impressionnant, c’est surtout les acrobaties. Et vas y que je fais un salto en arrière sur des échasses, et vas y que je saute à la corde sur une roue suspendues à 20 mètres du sol…. Inutile de dire que j’ai eu les mains moites pendant tout le spectacle !


Tout est extrêmement bien mené. La musique qui accompagne les différentes extravagances est en live. Toute la salle est faite pour ce spectacle en particulier. Les costumes sont magnifiques. Bref, que du bonheur !


Dès que les lumières se rallument, les chinois, qui ont parlé pendant tout le spectacle, toujours au taquet se lèvent. C’est incroyable. La salle de vide en moins de deux. A la sortie, les gens peuvent se faire prendre en photo avec des acrobates. 100 RMB (à peu près 10 euros la photo)… On ne perd jamais le Nord ici.




Voici les acrobates qui ont fait le dernier numéro, époustouflant.

Voici le World Circus

En sortant, nous allons nous balader dans ce quartier que je ne connais pas. Nous mangeons des glasses, écoutons un peu de musique : un groupe de rock chinois. Je dis un peu car nous sommes arrivés pour le dernier morceau.



Puis je repars en métro. Je suis crevée donc je prends le bus qui me dépose juste en bas de chez moi. Arrivés dans mon appartement, je discute sur MSN avec Pauline et Nathan qui mettent la webcam et avec Caro qui revient du Pérou. En voilà une bonne journée ! Maintenant, au dodo !

Vendredi 1 Aout : Le soleil se lève sur le Bund.

Ce matin, alors que j’attends mon taxi comme tous les matins, un taxi-moto me propose de me prendre. Je refuse gentiment. J’assimile trop ce genre d’engins à la mort et je ne veux pas mourir. Du moins, pas aujourd'hui, je suis trop jeune ! Je suis peut-être trop prudente mais bon, je préfère ne pas risquer l’accident. Ou alors, si accident il y a, je préfère me trouver dans un taxi… Quoique, ce matin, mon taxi passe entre deux bus. J’ai cru un moment que ma dernière heure était arrivée. Résolution donc : je vais encore prendre plus d’assurance et aller au bureau en bus.

Les gardes ne sont plus là quand j’arrive au bureau. Tout est calme. Enfin, calme shanghaiement parlant bien sur.


Ce midi, nous allons manger dans notre petit resto habituel. Les filles parlent pas mal en chinois. Ca me donne vraiment envie d’apprendre. Il faut vraiment que je prenne des cours quand je rentre en France.


Apres le repas, nous montons chercher ma jupe avec Juliana et Ada. Lorsque j’explique ce que je veux, la vendeuse sort le bon paquet mais raconte quelque chose en chinois. Les filles me traduisent : le prix a changé. Hier, la jupe valait 120 RMB, aujourd’hui, il faut payer 150… Petite négociation et je ne paye que 120. A un détail près : je ne peux pas garder le ticket de caisse. Pas de souci, je ne veux que ma jupe !


A 18 heures, je retourne chez moi. Je ne vais pas chez Carrefour aujourd’hui car je n’ai pas besoin de retirer de l’argent étant donné que je devrai être payée prochainement. J’ai rendez-vous Skype avec Julien à 20 heures. Puis je me change, rejoins Marie-Astrid. J’ai eu la mauvaise idée de me laver les cheveux avant de partir. Ils sèchent grâce à l’air de dehors qui est super humide ce soir…c’est une horreur…Nous attendons MV qui a des soucis de taxi. Puis nous prenons le bus direction chez Mathieu pour un petit apéro avant d’aller en boite : Le Bar Rouge.


Pour y aller, nous prenons deux taxis. Le notre a du mal à comprendre qu’il faut qu’il suive celui de devant. Il nous lâche donc aux environs du Bar Rouge. A nous de finir le chemin à pied. Au début, la musique n’est pas top mais ensuite, ça s’améliore et nous passons une très bonne soirée. Cette fois, je peux voir le début du lever de soleil sur le Bund. Je saisis l’occasion de prendre quelques photos à partir de la terrasse juste avant que les vigiles me poussent gentiment à l’intérieur. En fait, ils ferment la terrasse dès que le soleil commence à se lever. Nous partons donc à ce moment là.






Je me couche vers 5 heures du matin, alors qu’il fait déjà jour.

samedi 2 août 2008

Jeudi 31 juillet : Réflexion

Ce matin, je regarde le journal de 20 heures en prenant mon petit déjeuner. Je zappe tout ce qui est faits divers et finalement je me rends compte qu'ils occupent la majeure partie du JT.


Je parviens tout de même à trouver les nouvelles du monde et forcement de Pékin. J'apprends que le Comité Olympique a validé la décision des autorités chinoises de censurer internet. Apparemment, tout ce qui serait lié aux "droits de l’espèce dont nous faisons partie", par exemple le site d'amn Intern, est censuré. Il parait aussi que lorsque l'on tape le mot "Ti***", nom d'une région asiatique, les moteurs de recherche se bloquent. Je fais donc une petite expérience matinale et tape le mot interdit. Je tombe directement sur wikipedia et d'autres sites. La censure ne serait pas si dure que ça... Est-ce que la France exagérerait? Est-ce qu'il n'y a que les journalistes étrangers qui ne pourraient pas accéder à ce genre de sites?... Je ne dis pas qu'il n'y a pas de censure. Loin de là. Je ne peux pas accéder à Daily Motion, certains articles ne sont diffusés qu'en partie, certains contenus ne sont pas disponibles... Mais il ne faut pas grossir les traits non plus. En venant ici, je m'imaginais être coupée totalement du monde. Or j'accède au Monde.fr, au journal de France 2. C'est déjà pas mal.


Depuis quelques temps, la question du boy**** des jeux me trotte dans la tête. Es-ce que je participerai aux soirées organisées pour l'ouverture. Est-ce que j'achèterai des souvenirs liés aux événements sportifs? Lorsque j'étais encore en France et que je ne savais pas si je partirai pour Shanghai, je m'étais dit que je ne regarderai rien de ce qui concerne les jeux à la télé. Puis quand j'ai su que je partais, idem, je me suis dit que je ne participerai à rien du tout.


Depuis que je suis ici, je me suis dit qu'il fallait reconsidérer ma position en prenant en compte les éléments que j'ai désormais en main.


Je décide donc aujourd'hui de peser le pour et le contre et de prendre une décision avant la fin de la journée. Si je choisis de ne participer à rien, je m'y tiendrai et ne me laisserai pas tenter par un joli souvenir ou une soirée promettante.


Ce matin, je prends le taxi comme d'habitude. Lorsque j'arrive devant le bureau, quelque chose d'incroyable se déroule sur le trottoir. Des gardes sont disposes le long de la route bordant le stade, droits comme des piquets. Un garde tous les 5 mètres environ. Lorsque l'un regarde en face, son voisin regarde dans l'autre sens. Je regrette de ne pas avoir pris mon appareil photos. Puis finalement je me dis qu'ils se fâcheraient peut être s'ils étaient pris en photo. Ils n'ont pas l'air commode. C’est exactement ce genre de « petites » choses qui fait qu’on ne peut pas oublier que l’on est en Chine.


Ce midi, je vais manger avec Julianna. En tête à tête. Nous parlons français. Je lui apprends de nouveaux mots français et elle m'apprend des mots chinois :

Canard : ya

Poulet : ji

Germe de soja : dou jia

Je repense donc à non futur restaurant de la rue Nationale...


Comme toutes les autres filles participent à une réunion ce midi, il n y a personne au bureau lorsque nous remontons, Nous repartons donc, direction le centre commercial qui se situe sur les 5 premiers étages de notre bâtiment, Autant dire que depuis un mois, j'étais assise sur une mine d'or et que je ne m'en étais jamais rendue compte. En fait, ces magasins sont réputés dans toute la ville pour faire des soldes permanents, sortes de magasins d'usine en fait. Je repère une jupe noire toute simple mais pas mal du tout dans un petit magasin. Manque de chance, ou de prévoyance, je ne sais pas, je n'ai pas assez d'argent sur moi. Les filles me la font mettre de côté et je viendrai la chercher demain.


Cette après midi est plutôt vide niveau boulot. J'en profite donc pour surfer sur les sites d'informations chinoises (en anglais je précise, je ne suis pas devenue bilingue pendant la nuit). Je trouve un article qui traite justement de la possibilité de dire ce qu'on a envie et de trouver toutes les informations que l'on a souhaite. Cette version est (quelque peu) différente de ce que j'ai pu entendre ce matin. Effectivement, ici on parle de l'inquiétude qu'on les journalistes occidentaux de l'après Pékin. Etant donné qu'ils peuvent accéder a tout ce qu'ils veulent en cette période de jeux, ils se demandent ce qu'il en sera après...


Je perçois donc deux décalages majeurs. Le premier se situe entre ce que dit France 2 et la réalité effective de mes recherches sur le net. Et le deuxième se trouve entre ce que racontent les journalistes chinois et France 2 et puis bien sur décalage avec la réalité aussi.


Je tombe sur un deuxième article qui met en exergue les avancées de la Chine et plus particulièrement de la ville de Pékin en ce qui concerne la protection de l'environnement et la pollution. De nombreuses technologies vertes ont été mises en place, progrès considérable. Je constate une fois de plus un énorme décalage avec ce que j'ai pu entendre à la télévision française.


Cependant, il ne faut pas voir tout en blanc ou tout en noir. D'accord la ville de Pékin est extrêmement polluée. J'ai même appris que les épreuves d'équitation se déroulaient à Hong Kong car les organisateurs craignaient pour la santé des chevaux... En ce sens, France 2 a raison de souligner ces points négatifs. Mais je pense qu'il faut aussi prendre en compte le fait que la Chine semble consciente de ces problèmes puisqu'elle en fait les premiers titres du Daily Shanghai. Et même si la situation décrite ne correspond pas à la situation effective, il ne faut pas oublier que des progrès ont été faits. Les Jeux sont donc une bonne chose de ce point de vue.


Là est toute la question en fait : Doit-on se borner à dire qu’étant donné que la Chine ne respecte pas les valeurs de base universelles, on ne cautionne aucune activité liée au Jeux. Ou au contraire, doit-on se fonder sur les avancées considérables permises par les Jeux en Chine ? Voilà donc une sorte de liste pour et contre les Jeux :


Je pense que l’on peut légitimement être contre l’organisation des Jeux par la Chine si on accorde de l’importance au fait qu’ils ne respectent pas « les droits de l’espèce dont nous faisons partie » (Attention, je fais de la concurrence à Ségolène). La liberté de dire ce qu’on a envie est également limitée. Bien sûr que cela m’énerve car j’aime bien dire ce que je pense mais je ne reste que trois mois et je discute quand même avec les français. C’est pour les chinois que les dommages causés sont plus importants. Sur le long terme, de telles interdictions ont tendance bien évidemment à aplanir les gens, à leur prendre une part d’eux-mêmes. Et j’ai pu constater ceci à différentes reprises lorsque je pose des questions qui concernent l’actualité à des chinois : « We don’t know, we don’t know », me répondent-ils un peu stressés. Je me dis que s’il y a encore cette part de stress, c’est qu’ils ont une opinion mais qu’ils ne veulent pas la dire. Enfin j’espère. Le problème, c’est que parfois, ils ne semblent réellement pas savoir.


Pour ce qui est de l’information même si on peut rester au courant de ce qu’il se passe dans le monde en étant ici, des blocages subsistent.


Il faut aussi parler de la violence du régime. Tous les ans, des gens sont privés de leur vie. On ne sait pas exactement combien ni pourquoi. Des personnes se font arrêter sans motif parfois. Les opposants sont malmenés. Par exemple, un homme voulant organiser un groupe de travailleurs dans son entreprise (un groupe tel que fo en France) a été aspergé d’acide et sa jambe a été profondément entaillée. Il ne sait pas qui a fait ça. De plus, le nombre de gardes ou policiers dans les rues est impressionnant. Ils ont des sortes de trucs qui font des étincelles, qui envoient de l’électricité quand on les touche. Je ne me rappelle plus du nom mais je sais que leur utilisation en France, préconisée par notre nain national alors qu’il était à l’Intérieur, avait fait polémique.


Voilà pour ce qui est des grandes valeurs. Maintenant, on peut aussi s’attarder sur les conséquences terribles qu’ont entrainées les Jeux. Premièrement, afin de construire tous ces bâtiments modernes, luxueux et qui en jettent, des milliers de travailleurs issus des campagnes ont été appelé en ville. Je n’ose pas imaginer leurs conditions de travail. Je ne me suis pas renseignée, mais je pense que ce n’est pas la peine. En ce moment, ils sont renvoyés dans leurs campagnes car leur présence à Pékin donne une mauvaise image de la ville. Cela prouve qu’il y a des choses à cacher quant au chantier énorme du village olympique. Deuxièmement, toujours en rapport avec cette construction, il ne faut pas oublier que des quartiers entiers ont été détruits afin de faire de la place à la nouveauté.


Cependant, il ne faut pas avoir un esprit buté et on ne peut nier que les Jeux représentent de nombreux avantages pour la société chinoise.


Tout d’abord, cela procure aux chinois une grande fierté. Je sais que ce peuple a toujours été digne et fier mais aujourd’hui, je pense qu’ils voient une occasion de se montrer dans le monde entier.


Ensuite, le gain économique lié aux Jeux est énorme et un tel événement ne peut qu’être bénéfique de ce point de vue pour un pays qui se développe.


Cela a aussi permis à Pékin de se transformer. Elle est reconnue aux yeux de tous comme grande capitale mondiale.


Il faut aussi noter que les Jeux aident le peuple chinois à prendre conscience de certaines questions majeures actuelles. Par exemple, les problèmes d’environnement font aujourd’hui l’objet d’une communication intense dans les journaux. Je précise que quand je dis journaux, je parle des journaux en anglais. Je ne peux malheureusement pas accéder à la compréhension des journaux chinois. Toujours est-il que Pékin est déclarée ville verte etc… Même si ceci peut paraitre faux lorsque l’on mesure la qualité de l’air en fonction des normes occidentales, cela montre l’intérêt nouveau porté sur ces questions. Pour ne pas que cet intérêt décroisse après les Jeux, c’est aux puissances occidentales de continuer à mettre la pression.


Les Jeux permettent également d’enrayer certains fléaux sociétaux comme la prostitution. Effectivement, elle est répandue à Pékin et toujours dans le souci de donner la meilleure image qui soit de la ville, les autorités se battent pour supprimer cette tendance. Je ne suis pas naïve et me doute bien que des prostituées doivent toujours être en activité mais là encore, il y a une prise de conscience qui ne peut qu’aider au développement.


En termes d’éducation, les jeux sont bénéfiques également. La population issue de la campagne et qui se retrouve en ville n’a bien évidemment pas eu accès aux règles de savoir vivre. D’où les crachats par terre, les bousculades dans le métro… Parce que ce ne sont pas des coutumes ici. J’ai entendu que c’est simplement un manque d’éducation. Pour cela, des campagnes de publicité et d’information sont diffusées sur les télévisions du métro par exemple. Ces spots sont fait pour inculquer les règles de savoir vivre. Ces jeux permettent une ouverture du peuple chinois sur l’extérieur.


L’anglais leur semble de moins en moins exceptionnel. Dans la ville de Pékin, des centaines de « guides » ont été formés aux rudiments de la langue anglaise pour orienter et conseiller les touristes qui semblent perdus. La déferlante d’occidentaux provoquée par les Jeux va sans doute aiguiser la curiosité chinoise mais j’espère que l’habitude prendra le dessus et qu’ils ne se mettront bientôt plus à rire en nous voyant. Je pense que l’ouverture est toujours la meilleure solution car elle est la condition de l’enrichissement individuel.


Pour finir, il ne faut pas oublier que pendant ce mois, on va énormément parler de la Chine partout dans le monde. Je pense que c’est une bonne chose car cela permet de dénoncer certaines pratiques mais attention à la stigmatisation. Le peuple chinois est bien différent du notre donc il ne faut pas que les occidentaux jugent en fonction des critères occidentaux, assis tranquillement devant leur télé, ces deux façons de faire.


La question qu’il faut que je me pose, pour ne pas être naïve après une énumération de tant de belles choses, c’est : Est-ce que tout ceci va durer ? L’intérêt porté sur les questions environnementales, le progrès dans l’éducation, l’enrayement de la prostitution, l’ouverture du peuple chinois sur l’extérieur… Tout ceci ne peut-être que momentané et artificiel. Il faut que le déclic vienne de la population et soit aidé sur le long terme par le gouvernement. En soit, les jeux sont positifs de ce point de vue car ils ont impulsé le mouvement.


Alors ? Pour ou contre ? J’ai longuement hésité. Bien sûr, je ne nie pas leurs efforts et je ne doute pas qu’ils soient récompensés. Mais ont-ils fait tout ceci pour des raisons purement économiques ? Je ne sais pas. Je doute (Descartes est dans la place).


Mais même si des avancées considérables ont été accomplies pour ces Jeux, je ne peux pas tolérer que ce peuple soit maintenu dans une sorte d’ignorance. Bien sûr, ils sont nombreux mais je ne pense pas que bloquer les opinions personnelles soit le seul moyen. Maintenant que j’ai mené cette réflexion, je ne peux pas faire comme si je ne savais pas et tout simplement profiter des soirées organisées pour la cérémonie d’ouverture etc. (Même si j’avoue que j’aurai bien aimé regarder le spectacle…). Je ne peux pas tolérer non plus l’espèce de double jeu mené par les autorités. D’un côté l’ouverture apparente, et de l’autre la presque non liberté du peuple chinois. Participer aux Jeux, c’est montrer que l’on veut faire partie de la fête et qu’on ignore les dommages causés et qui seront encore causés pour en arriver là. C’est montrer aux autorités qu’elles ont réussi à organiser tout ceci avec les moyens qu’elles ont employés. Dans ces cas là, pourquoi ne recommenceraient-elles pas à l’avenir puisque cela fonctionne ? (Par exemple pour l’exposition universelle de 2010 à Shanghai). Marre du pragmatisme. Réfléchissons un peu plus profondément et battons nous pour ce en quoi nous croyons. Moi je crois au respect des gens, de leurs droits. Je sais que personne ne remarquera mon absence aux Jeux. Je le répète, je ne suis pas naïve et je ne veux pas jouer les héroïnes françaises. Mais je veux simplement mettre en évidence mes valeurs. Car sans valeurs, on peut parfaitement réussir, s’amuser, vivre une vie géniale, mais pour moi, tout est vide. Or je ne veux pas que ma vie soit vide.

Je laisserai donc les autres participer aux soirées des jeux etc. Ils contribueront à ce que cette organisation soit un succès. Nous verrons ensuite si à l’avenir la Chine progressera dans le domaine des grandes valeurs.

Moi je décide aujourd’hui de ne pas prendre le risque d’un succès sans suite. Je boy**** pour montrer que certaines personnes peuvent penser actuellement que le respect des droits est universellement, intemporellement indispensable.